Vous êtes aussi beaux et belles que vous le pensez

02/17/2017 - 03/19/2017

(Versión en español debajo)

Dans #postcolonialbooty, Eduardo Velázquez explore les questions difficiles entourant la notion de beauté dans son lien avec les enjeux de genre et de race. Son corpus d’œuvres fait se rencontrer fantaisie et réalité dans le but de célébrer, de revendiquer et de poser un regard critique sur les articulations postcoloniales diverses du concept de beauté tout en les situant historiquement. Ayant immigré de la République Dominicaine et grandit aux États-Unis, l’artiste est tout à fait conscient des enjeux politiques de la race aussi bien dans ledes enjeux politiques de race aussi bien dans le contexte postcolonial de son pays d’origine que de celui des États-Unis.

Velázquez s’approprie ici un ensemble d’identités de femmes dérivées de ces deux environnements particuliers tout en mobilisant la peinture, la photographie et l’art vidéo. Par ailleurs, en situant ces contextes, notamment en dégageant leurs différences et contrastes, il aspire à explorer la question de la différence à l’intérieur même des diasporas racisées. Comment les personnes mises en vue dans son travail apparaissent-elles comme différentes les unes des autres ? Sont-elles privilégiées ou opprimées vis-à-vis de leurs milieux respectifs ? Vis-à-vis les unes des autres ? Vis-à-vis de vous ? Les hiérarchies raciales persistent à être intériorisées par les personnes afro-descendantes vivant dans le contexte d’économies originellement construites autour du modèle de la plantation. C’est le cas de la République Dominicaine où les esclaves employé.e.s dans les résidences étaient de teint plus clair que leurs pair.e.s travaillant sur les plantations [1]. Être d’héritage afro-européen mixte en République Dominicaine renvoie à l’appartenance à une classe sociale élevée, tandis que dans le contexte new-yorkais, l’expérience Noire est aplanie en une catégorie homogène mise au service de la rhétorique mainstream de la diversité et ce, au dépend des individus qu’elle prétend servir. #postcolonialbooty se veut donc un appel à résister activement à la suprématie blanche ainsi qu’à ses exigences envers notre psyché collective. Cela implique que nous devons commencer par reconnaître nos pouvoirs individuels en tant qu’agent.e.s d’un changement expansif. Mobilisant son corps comme point de départ, l’artiste nous demande : qu’est-ce que votre relation au beau vous apprend sur votre rapport psychique au pouvoir colonial ?

Ce faisant, Velázquez choisit de donner la priorité dans  son travail aux perspectives des personnes de couleur, queer  soit ces mêmes voix qui sont trop souvent réduites au silence  dans leurs patries postcoloniales, ainsi que dans la diaspora des  communautés racisées. Le colonialisme eurocentriste dans ses  formes diverses, passées et présentes, a œuvré sur plusieurs  générations à convaincre les individus racisés, particulièrement  les femmes et les personnes s’identifiant comme queer, qu’ils/  elles étaient dépourvu.e.s de beauté. Les forces coloniales  européennes et américaines ont justifié leurs missions violentes  en les mettant au service d’un idéal de beauté féminin cis et  blanc [2], lequel a été brutalement imposé aux individus vivant  la réalité cruelle de l’esclavage [3]. En effet, même après les  indépendances et l’émancipation politique dans les Caraïbes  vis-à-vis des colons européens en Amérique du Nord, l’on  persiste à assimiler l’archétype de la femme blanche à la notion  du beau ainsi qu’à celle de la civilisation. Velázquez amène le  cas de l’actrice française Catherine Deneuve alors que celle-ci  faisait régulièrement la couverture des magazines populaires en  République Dominicaine pendant l’enfance de l’artiste. Deneuve  était le visage de la beauté intemporelle et iconique. Les femmes  racisées issues de la communauté de Velázquez s’évertuaient  souvent à reprendre les codes esthétiques de l’actrice, incarnant  inconsciemment cette icône de leurs colonisateurs passés.  Cela n’empêchait pas cependant d’associer cet exercice à des  sentiments de fierté et de puissance. Parmi les peintures mises  en vue, nous pouvons percevoir une femme courageuse vêtue  d’un maillot de bain orange. Une subtile ressemblance avec  la starlette française se fait ressentir. Or sous son décolleté  voluptueux se profile la tête décapitée de Rafael Trujillo, le  dictateur dominicain d’origine espagnole connu pour son  racisme brutal anti-noir et dont les trois décennies de règne  se terminèrent par un assassinat en 1961. Les traits de cette  héroïne sont foncés mais son accoutrement, sa pose, sa coiffure  sa pose, sa coiffure à la Deneuve ainsi que le décor même  dans lequel elle se tient révèlent la présence d’autant de codes  esthétiques européens. Mais peut-on véritablement lui reprocher  ce fantasme de revanche victorieuse ? Pouvez-vous trouver des  échos de la complexité de cette femme dans vos propres rêves  de victoire sur l’oppression ?

#postcolonialbooty est une archive symbolique dédiée  simultanément au désapprentissage et à la guérison. Velázquez  érige un autel invoquant ses ancêtres et conjurant la puissante  vulnérabilité de sa lignée féminine. Parmi les bateaux d’esclaves  en flammes, il appelle Yemaya, la déesse Yoruba de l’océan  adorée dans la tradition Santería aussi connue comme la Regla  de Ochá. Affichant ses grands cheveux blonds et sa peau  éclaircie, l’artiste expose la réalité du whitewashing colonial de  la spiritualité dans une République Dominicaine où prévalent  les valeurs de l’Église catholique romaine. Tout en faisant face à  une importante stigmatisation, la Santería a accueilli l’expérience  queer et procure les possibles communautaires de l’acceptation  à plusieurs de celles et ceux que l’Église catholique rejette. En  retournant à cette tradition inclusive de l’adoration des ancêtres, Velázquez invite son public à réfléchir aux impacts violents des  processus de formation des identités genrées et racisées, tout en  encourageant les potentialités thérapeutiques de l’imaginaire et  du self-love. À la fois sérieux et espiègle, il parvient à mobiliser un registre de la légèreté pour poser des questions difficiles  dans la visée où le processus de transformation sociale est  vivant en chacun.ne d’entre nous. Par ailleurs, dès lors que l’on réalise qu’affronter l’ignorance en soi et dans autrui est un labeur  spirituel éprouvant, la traversée de ce territoire émotionnel ardu  appelle à une guérison dans la beauté, dans la fantaisie et dans  le jeu.

 

 

 

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[1] Silvio Torres-Saillant, “The Tribulations of Blackness: Stages in Dominican  Racial Identity,” Latin American Perspectives, vol. 25, No. 3, Race and National  Identity in the Americas (Mai, 1998), pp. 126-146.

[2] Plusieurs pays idéalisent une personification maternel de l’état comme  une figure héroïque blanche qui civiliserait et donnerait naissance à une  nation. Les Français ont La Liberté (La Liberté guidant le peuple, Eugène  Delacroix, 1760); Les Anglais, Brittania (Neptune abandonne l’empire des  mers à Brittania, William Dyce, 1846–1847); et les Américains l’appellaient  Columbia (Progrès Américain, John Gast 1872)

[3] Le cas de Saartjie Baartman, aussi connu comme “La Vénus Hottentot” est  un très bon exemple. Baartman fût emmenée en Angleterre de l’Afrique du  Sud en 1810 et voyagea dans toute l’Europe dans un musée des horreurs,  où son corps nu était montré pour prouver que le peuple Africain était une  espèce inhumaine, vu comme étant le “chaînon manquant” de l’évolution  entre humains et animaux. Ce type de racisme scientifique justifiait la  suprémacie blanche, l’escalavage et le colonialisme durant le 19è siècle.

 

Aditi Ohri est une artiste, historienne de l'art et sujet diasporique d'origine sud-asiatique. Récente détentrice d'une Maîtrise en histoire de l'art de l'Université Concordia, elle s'intéresse notamment à la décolonisation, au colonialisme et à l'appropriation culturelle. Sa pratique artistique questionne les intersections de  la diaspora, de la spiritualité et de la culture de consommation du capitalisme tardif.

 

 

Eres tan hermoso como créas serlo

En #postcolonialbooty, Eduardo Velázquez explora difíciles cuestionamientos de violencia, belleza, identidad de género y raza. En esta serie de trabajos, fantasía y realidad se reúnen para celebrar, reclamar y considerar críticamente la expresión de la belleza post- colonial y las turbulentas historias que les preceden. Al haber crecido en el Santo Domingo, y emigrar a los Estados Unidos, Velázquez es consciente de las distintas políticas raciales de una República Dominicana post-colonial y de los asentamientos coloniales de los Estados Unidos en República Dominicana.

Velázquez asume diferentes identidades de mujeres presentes en ambos contextos geográficos en su trabajo de pintura, fotografía y video. Situando estos contextos en contraste uno con otro, él busca señalar y cuestionar la diferencia entre las personas de color viviendo en la diáspora. ¿Cómo son, las personas percibidas en su trabajo, y como son diferentes unas de otras? ¿Son privilegiadas u oprimidas en relación a su entorno, entre sí o frente al observador? Las jerarquías raciales internas persisten aún entre las personas de ascendencia africana que viven en antiguas plantaciones como en República Dominicana, donde los esclavos domésticos eran típicamente de piel clara y privilegiados en relación a los esclavos del campo [1]. Es una clase social elevada, el ser de ascendencia afro-europea mixta en República Dominicana, mientras en Nueva York, Blackness es relegado a una categoría homogénea que sirve a la dominante retórica sobre la diversidad, más que las personas que define. #Postcolonialbooty es un llamado a resistir activamente a la supremacía blanca y todo lo que exige de la psique.

Velázquez prioriza las perspectivas de personas queer de color en su obra, cuyas voces se silencian con demasiada frecuencia en sus patrias poscoloniales, así como en las comunidades de la diáspora. El colonialismo eurocéntrico en sus diversas formas, pasado y presente, ha intentado durante generaciones convencer a las personas de color, especialmente a las mujeres y a las personas queer, de que no son hermosas. Las fuerzas coloniales europeas y americanas justificaron sus misiones violentas al servicio de una belleza blanca cis-femenina ideal [2], que esclavizaba a las personas y eran coaccionadas violentamente al individuo. A pesar de la independencia política de los colonizadores europeos en América del Norte y en todo el Caribe, la ecuación de la mujer blanca con respecto a la belleza y la civilización perdura [3]. Velázquez recuerda la ubicuidad de la cara de la actriz francesa Catherine Deneuve en la portada de revistas de su infancia en República Dominicana. Se pensaba que Deneuve era una belleza atemporal e icónica. Mujeres de color de su comunidad se inspiran en su estilo, encarnando involuntariamente un ícono de su antiguo colonizador. Muchos encontraron que su imagen era una fuente de fuerza y orgullo. Entre las pinturas expuestas en su pagina web, vemos a una mujer valiente en un atractivo traje de baño anaranjado, que presenta una sutil semejanza a la estrella francesa. Debajo de su desdoblamiento voluptuoso, exhibe con orgullo la cabeza cortada que simbólicamente representa Rafael Trujillo, el dictador anti-negro de ascendencia española, cuyo reinado de treinta y un años terminó con su asesinato en 1961. Sus rasgos son oscuros pero su atuendo, su pose y su entorno son estéticamente europeos, con el cabello peinado como un joven Deneuve. ¿Podemos realmente reprocharle esta fantasía de venganza? ¿Es posible encontrar ecos de su complejidad en sus propios sueños de triunfo sobre la opresión?

#Postcolonialbooty es un archivo simbólico para desaprender y un espacio de curación. Velázquez construye un altar para canalizar a sus antepasados y conjurar la poderosa vulnerabilidad de su linaje femenino. En medio de ardientes naves de esclavos, invoca Yemaya, la diosa yoruba del océano venerada en Santería, también conocida como Regla de Ochá. Con su cabello rubio y su piel clara, se inclina hacia un whitewashing de la espiritualidad en República Dominicana, que es predominantemente católica romana. La santería es aún estigmatizada, pero es una religión que abraza la queerness, ofreciendo aceptación y comunidad a muchos a quienes la Iglesia Católica se los niega. Volviendo a esta tradición inclusiva de culto a los antepasados, invita a los espectadores a reflexionar sobre la violencia psíquica y física de la formación de la identidad racial caribeña y de género desde un espacio de imaginación y amor propio.

Serio pero entusiasta, fórmula con ligereza preguntas incómodas en su trabajo, reconociendo que el proceso de cambio social está vivo en todos nosotros, y que es agotador el trabajo espiritual que enfrenta y con su relación a la colectividad. A medida que atravesamos este terreno emocionalmente difícil, podemos sanar y encontrar consuelo en la belleza, la fantasía y el juego.

[1] Silvio Torres-Saillant, "Las Tribulaciones de la Negra: Etapas en la Identidad Racial Dominicana", Perspectivas Latinoamericanas, vol. 25, Nº 3, Raza e Identidad Nacional en las Américas (mayo, 1998), pág. 126-146.

[2] Muchos países idealizaron una personificación materna del Estado como una heroica figura blanca que civilizaría y daría nacimiento a una nación. Los franceses tenían la libertad (libertad que conduce al pueblo, Eugene Delacroix, 1760); Los Británicos, Brittania (William Dyce, Neptuno que dimite el Imperio del Mar a Britania por William Dyce, 1846-1847); Y los americanos la llamaron Columbia (American Progress, John Gast 1872).

[3] El caso de Saartjie Baartman, también conocido como el "Hotentot Venus", es un ejemplo famoso. Baartman fue llevada de Sudáfrica a Gran Bretaña en 1810 y poco después viajó por toda Europa para presentarse en espectáculos anormales, donde su cuerpo desnudo fue exhibido como prueba de la gente africana como una especie subhumana, pensada como el "eslabón perdido" evolutivo entre humanos y Animales. Esta marca de racismo científico se utilizó para justificar la supremacía blanca, la esclavitud y el colonialismo a lo largo del siglo XIX.

 

Aditi Ohri es una artista, historiadora del arte y sujeto diaspórico de origen sudasiático. Recientemente detentora de una maestría en historia del arte de la Universidad Concordia, ella se interesa en especial a la descolonisación, al colonialismo y a la apropiación cultural. Su práctica artística cuestiona las intersecciones de la diáspora, de la espiritualidad y de la cultura del consumo del capitalismo tardío.

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Participating artists: 
Aditi Ohri
Credits: 
Aditi Ohri

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